16 janvier 2017

Thèmes 2017 pour les actions

Nous mettons en avant pour cette année un certain nombre de thèmes que nous recommandons d’exploiter dans le volet des actions. Ils misent d’une part sur le grand thème de la reflation qui favorisera les entreprises en mesure de profiter pleinement d’un effet de levier opérationnel, et d’autre part sur un certain nombre de tendances technologiques et durables. Parmi ces tendances, nous retrouvons la transformation numérique dans l’industrie (robotique, internet des objets, etc.) et le consommateur connecté, mais aussi l’évolution des modèles de consommation et du mode de vie (healthy living), autant de changements que nous voyons encore gagner en importance dans les années à venir.

1) Retour de la croissance et de l’inflation

L’été dernier, le sentiment du marché s’est mué d’une crainte de la déflation en un espoir de reflation (accélération de la croissance et retour de l’inflation). Les investisseurs se sont mis à davantage faire confiance aux pouvoirs publics pour stimuler la croissance à travers la politique budgétaire, une conviction qui a encore été confortée par l’élection de Donald Trump et ses promesses de réduire les impôts et d’investir dans l’infrastructure. Depuis lors, nous avons assisté à une rotation sectorielle en direction des valeurs financières et des actions sensibles à la conjoncture, au détriment des actions défensives et sensibles aux taux d’intérêt. Les entreprises cycliques verront leurs bénéfices augmenter à un rythme supérieur à la moyenne, sous l’effet d’une reprise des commandes, d’une hausse des prix et d’une meilleure exploitation de la capacité. Les institutions financières profiteront quant à elles de la pentification des courbes des taux, de l’accroissement des volumes de crédit et des pertes limitées sur les crédits.

Après la vigoureuse ascension des cours des actions financières au second semestre, le potentiel par rapport à l’objectif de cours s’est amenuisé, de sorte que nous devons devenir plus sélectifs et/ou guetter les corrections pour procéder à des achats supplémentaires. Nous entrevoyons encore un potentiel de rattrapage pour ABN Amro, NN Group, Prudential, Citigroup et Visa.

Parmi les banquiers européens, ABN AMRO est relativement à la traîne en raison de la pression à la vente exercée par l’Etat néerlandais. La concentration sur le marché domestique est un avantage, tandis que la valorisation reste trop basse et que la solidité du capital constitue un atout. NN Group reste favorite parmi les assureurs européens grâce à son bilan à toute épreuve, à l’abondante génération de cash flow qui sera encore boostée en cas de succès du rachat de Delta Lloyd, et aux dividendes généreux. Du côté des valeurs présentant un lien avec les travaux d’infrastructure, Heidelbergcement et Saint-Gobain devraient profiter du rétablissement conjoncturel du secteur européen de la construction et des investissements projetés aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Les actions défensives comme Ahold Delhaize trouveront quant à elles leur avantage dans le regain de confiance des consommateurs et la hausse des prix des biens de consommation. La vigueur de l’USD est un atout également.

Sur Wall Street, Citigroup apparaît comme une action financière peu chère; elle est bien positionnée pour jouer le thème ‘reflation’ grâce à la forte pentification de la courbe des taux US et à la profonde restructuration qu’elle mène depuis des années. Parmi les industrielles qui profiteraient de l’expansion, du renouvellement, voire de la modernisation des infrastructures US vieillissantes, United Technologies est intéressante via ses divisions et excellents produits que sont ses ascenseurs et escalateurs, équipements de climatisation, moteurs d’avion, etc. L’action de croissance Visa est aussi un bon véhicule pour jouer le retour de l’inflation, une hausse de la confiance et des dépenses vu sa position dominante dans les cartes de crédit et les payements électroniques.


2) Innovation technologique

Dans le climat concurrentiel que nous connaissons aujourd’hui (diminution de la population active, marchés matures et tendance à la ré-industrialisation), l’innovation technologique est la clé du succès. Le principe de la survie du plus apte oblige les entreprises à embrasser la transformation numérique (industrie 4.0, robotique, internet des objets et cybersécurité) afin d’exploiter les nouvelles opportunités de croissance et de réaliser des gains d’efficacité. Les entreprises actives dans la technologie et les médias sont les premières à profiter de ces tendances, avec aux premières loges notamment Salesforce.com, Criteo, ASMI, Alphabet, STM, Relx, WPP et Publicis. Ces deux dernières sont des agences publicitaires qui surfent sur la vague de la demande de publicité numérique, à présent que les consommateurs multiplient les achats en ligne.

En sa qualité de leader mondial de la technologie ALD pour la fabrication de puces électroniques de plus en plus puissantes, le groupe néerlandais ASM International est promis à un bel avenir vu que son marché devrait doubler dans les 3 années à venir. A ces perspectives alléchantes s’ajoutent une valorisation toujours trop basse et un potentiel en termes de fusions et acquisitions.

Les Etats-Unis regorgent de sociétés technologiques innovatrices. L’indice Nasdaq cotant à un plus haut historique et les valorisations n’étant pas bon marché, il faut être sélectif. Nous apprécions le dynamisme de Salesforce.com, en train de devenir le leader dans les systèmes informatiques de Customer Relationship Management (‘CRM’), permettant de gérer les interactions entre une société et ses clients. Une autre favorite est Criteo, petite société active dans la publicité en forte croissance sur le Net; elle a développé les meilleurs programmes dans ses segments.

 

3) Le consommateur connecté

Les consommateurs vivent de plus en plus en mode numérique, passant davantage de temps connectés à Internet: chez eux, au travail et en cours de route. Ils font leurs achats en ligne, vivent dans des maisons intelligentes, conduisent des voitures connectées, effectuent des paiements mobiles et recourent à la télémédecine. L’investisseur peut exploiter ces tendances en investissant dans les producteurs de matériel dans le domaine notamment de l’électronique de consommation (smartphones, tablettes, ordinateurs, liseuses électroniques, etc.), des réseaux 4G ou de l’équipement OLED. Cette tendance profite aussi aux entreprises actives dans les services informatiques, le commerce électronique (les ventes en ligne connaissent une croissance exponentielle et représentent d’ores et déjà 7% des ventes au détail totales à travers le monde), bref: aux entreprises qui se placent au service de ce consommateur connecté. Nous pensons notamment à Amazon, Priceline, ASOS, Alphabet et Facebook.

Durant les fêtes de fin d’année, de grandes pertes de marché des magasins traditionnels ont été constatées en faveur des ventes en ligne, notamment via Amazon. Et la société ne manque pas d’idées quant à des nouveaux concepts et produits. Dans le segment des réservations de voyage online, Priceline continue à gagner des parts de marché, à croître fortement et reste leader via ses plateformes booking.com, priceline.com, agoda, etc. Nous apprécions aussi Apple mais préfèrerions l’acheter sur correction ou en cas d’annonce d’un nouveau produit phare car elle fait face à une concurrence agressive sur tous ses produits.

L’entreprise britannique ASOS vend en ligne des articles de mode destinés aux jeunes. ASOS laisse entrevoir une expansion effrénée et le créneau dans lequel elle évolue lui vaut d’être complémentaire à Amazon. Contrairement à ses concurrents (comme Zalando), ASOS n’est pas menacée par Amazon. Sa valorisation est en ligne avec celle d’Amazon, et nous sommes acquéreurs à des cours inférieurs à 5 GBP.

 

4) Croissance durable

En plus du rétablissement cyclique, certaines entreprises profitent également de l’engouement pour la croissance durable. Ce thème apporte une réponse à l’évolution mondiale des tendances démographiques et de consommation (vieillissement de la population/healthy living), ce qui rend les acteurs moins sensibles aux fluctuations cycliques. Deux secteurs s’assortissant de telles perspectives durables sont la technologie et les soins de santé, à travers des entreprises comme Philips, DSM, Shire, Eli Lilly et Visa.

Philips voit son chiffre d’affaires et son bénéfice augmenter sous l’effet des investissements dans le matériel médical consentis par les hôpitaux, notamment pour suivre les nouvelles technologies comme les "soins connectés". Philips mise également sur les nouvelles tendances de consommation à travers ses produits lifestyle innovants (robots de cuisine, brosses à dents électriques…). Nous guettons un repli pour acheter. Après sa transformation en un acteur Nutrition d’envergure mondiale, DSM est promise à plusieurs années de croissance durable et vigoureuse des bénéfices. De plus, la valorisation de cette valeur SRI innovante trahit une décote excessive par rapport à ses concurrents directs. D’autres catalyseurs sont les hausses des prix des vitamines, la réalisation des participations et les efforts propres.

Outre Atlantique, notre préférence dans la pharma va à Eli Lilly: elle devrait enregistrer une des plus fortes croissances d’ici 2020 malgré son récent revers dans la franchise Alzheimer. Parmi les sociétés au croisement de la finance et de la technologie, Visa fait toujours preuve d’une croissance, d’un positionnement et d’un bilan solides.

 

5) Levier opérationnel

Dans le contexte de l’amélioration de la conjoncture économique, les entreprises dotées d’un levier opérationnel marqué verront en termes relatifs leurs bénéfices augmenter davantage. Contrairement à nos autres thèmes d’investissement, celui-ci repose sur une analyse bottom-up. En Europe, nous retenons STM, Airbus, Deutsche Telekom et Saint-Gobain (en cas de repli), sans oublier HeidelbergCement. Bolloré et les actions pétrolières, après les réductions substantielles des coûts et des investissements, ont également leur place dans ce thème. Aux Etats-Unis, nous pensons surtout à Amazon, Salesforce.com, United technologies, General Motors et Citigroup.

STM est l’exemple typique d’un candidat à la restructuration qui n’a pas encore été entièrement redécouvert et peut se targuer d’un levier opérationnel marqué dans le secteur technologique. Grâce à l’approche radicale adoptée à l’égard d’une ancienne division déficitaire, à la croissance retrouvée du chiffre d’affaires et au positionnement dans plusieurs segments en plein essor (voir thème 2), nous nous attendons à une augmentation soutenue de la marge opérationnelle (de 2,5% en 2015 à 13-14% d’ici la fin 2017). En réponse à l’accroissement substantiel de son carnet de commandes, Airbus investit actuellement dans une extension de la capacité. En dépit de la base relativement importante de coûts fixes, l’accélération du rythme de la production conduira dans les prochaines années à une croissance plus que proportionnelle des bénéfices. La récente appréciation du dollar représente elle aussi un levier additionnel pour le bénéfice étant donné que les produits sont libellés en dollar alors que la plupart des coûts le sont en euro.

Deutsche Telekom peut se targuer dans son secteur d’une croissance supérieure à la moyenne du cash flow d’exploitation (environ 8% par an). Elle le doit à sa vigoureuse expansion aux Etats-Unis, combinée au levier opérationnel. L’augmentation du free cash flow s’accélère à présent que les investissements dans le réseau 4G ont pour la plupart été réalisés. Pour Saint-Gobain et HeidelbergCement, la relance des activités de construction permettra de mieux couvrir les frais fixes et de gonfler les marges bénéficiaires.

 

Un certain optimisme étant de mise aux Etats-Unis, Amazon, Salesforce.com et United technologies (voir ci-dessus) devraient enregistrer une accélération de leurs bénéfices dans les trimestres à venir grâce aux projets, acquisitions et investissements de pointe accomplis ces dernières années. General Motors et Citigroup sont, elles, déjà en train de cueillir les bénéfices des restructurations profondes et des repositionnements porteurs entrepris depuis la crise de 2008. Elles profiteraient largement d’une accélération de la croissance.

Alain Gérard
Patrick Casselman
Sandra Vandersmissen
Rudy De Groodt

 

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