05 mai 2017

Les matières premières plongent

La correction des matières premières se poursuit depuis quelques semaines mais s’est accélérée hier. Le pétrole, qui oscillait aux alentours de 45 USD, a en particulier dû céder beaucoup de terrain et affiche désormais son niveau le plus bas des 6 derniers mois.

La crainte d’une offre excédentaire sur le marché a refait surface, en dépit des tentatives de l’OPEP — en collaboration avec d’autres pays comme la Russie — visant à limiter la production, à réduire l’excédent et à stabiliser le prix.

Le problème réside dans le fait que les producteurs américains de pétrole de schiste profitent des réductions de production opérées ailleurs pour augmenter la leur. Nous revoilà donc au point de départ, avant la guerre des prix initiée par l’Arabie Saoudite (vers octobre 2014). Pour rappel, la Russie, mais surtout les producteurs américains de pétrole de schiste, ne cessaient à l’époque d’augmenter leur production tandis que l’OPEP réduisait la sienne avec le même zèle pour maintenir le prix aux alentours de 100 USD. C’est alors que l’Arabie Saoudite a décidé de se lancer dans une guerre des prix afin d’évincer le pétrole de schiste américain en laissant descendre les prix jusqu’à des niveaux qui mettraient à mal sa rentabilité.

Le plan n’a réussi qu’en partie, le pétrole de schiste américain a résisté mieux que prévu et le Royaume lui-même s’est retrouvé confronté à un déficit budgétaire colossal. D’où les récentes tentatives de changer son fusil d’épaule et de réduire la production. Avec bien entendu pour résultat, comme nous le disions, que les producteurs américains ont sauté dans la brèche et repris leur production de plus belle.

Pour l’heure, il semble très peu probable que l’OPEP se lance dans une nouvelle guerre des prix. Selon toute vraisemblance, le cartel décidera le 25 mai de maintenir sa limitation de production. La Russie, qui avait elle aussi vu son rouble chuter sous l’effet du repli du prix du pétrole, a déjà donné des indications en ce sens. Et à mesure que le prix baisse, les producteurs américains de pétrole de schiste, dont les processus sont particulièrement rapides et efficaces, vont se mettre à produire moins, ajoutant ainsi dans l’équation un nouvel élément susceptible de soutenir les prix. Nous tablons donc toujours sur notre même fourchette de prix à long terme, dont le prix du pétrole teste en ce moment la limite inférieure, jusqu’à ce que l’excédent de l’offre ait disparu.

La baisse du prix du pétrole a naturellement d’importantes retombées sur les autres marchés et sur l’inflation. Si elle perdure trop longtemps ou se fait trop abrupte, elle pourrait même mettre en péril le scénario de reflation, qui est notre scénario de base. Nous tablons en effet sur une croissance saine de l’économie mondiale, une hausse de l’inflation et une remontée des taux d’intérêt – un contexte de nature à soutenir les marchés des actions.

Mais ce scénario sous-entend aussi une hausse des prix des matières premières, et ce n’est pas ce que nous observons ces dernières semaines. Comme nous le disions, la situation sur le marché du pétrole est spécifique et dépend davantage de l’offre que de la demande. Mais tout de même, nombre d’autres matières premières sont sous pression ces derniers jours et ces dernières semaines.

Il est trop tôt pour en tirer des conclusions, mais il s’agit d’un point à surveiller de près. L’année dernière, une baisse des prix des matières premières était à coup sûr un signe annonciateur d’un repli sur les marchés-actions. Aujourd’hui, ce n’est pas (encore) le cas, en partie grâce à l’optimisme suscité par les élections françaises. Cependant, il s’agit d’un argument supplémentaire pour sécuriser çà et là une partie des bénéfices des derniers mois. Aujourd’hui, l’attention se cristallisera autour du rapport américain sur l’emploi pour ensuite se reporter durant le week-end sur les élections françaises.

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