09 décembre 2016

La BCE prolonge la création d’argent au moins jusque fin 2017

Après des semaines de Trumpmania, tous les regards étaient hier rivés sur le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Et à en juger par la réaction des marchés (une vigoureuse hausse des marchés-actions européens en dépit du résultat décevant, mais attendu, du référendum italien durant le week-end), on en attendait à nouveau beaucoup de Super Mario.

Le consensus tablait sur le fait que Monsieur Draghi prolongerait de 6 mois (jusqu’en septembre 2017) le programme d’achats d’obligations d’Etat et d’entreprises, qui devait officiellement durer jusqu’en mars prochain à raison d’un montant de 80 milliards d’euros par mois.

La question sur laquelle le doute subsistait, et qui a d’ailleurs fait l’objet de discussions entre les banquiers centraux européens, était de savoir si le montant mensuel de 80 milliards serait maintenu ou réduit à 60 milliards d’euros. Finalement, la balance a penché en faveur de la deuxième solution. La surprise résidait dans le fait que Mario Draghi, apparemment désireux de jouer les pères Noël avant l’heure, a finalement prolongé le programme de neuf mois au lieu des six attendus. Les marchés financiers auront donc droit (au moins) pendant toute l’année 2017 à la pluie de liquidités de la BCE.

Et dans ce contexte, il ne faut pas sous-estimer l’importance du petit mot "au moins"… Car le président de la BCE, lui, se refuse à parler de "tapering". A l’entendre, l’assouplissement quantitatif ne fait que commencer, et même l’échéance provisoire de la fin 2017 n’a rien d’impératif. Le QE restera le compagnon de route des marchés jusqu’à ce que l’inflation soit vraiment résolument en marche vers son objectif de 2%.

Sur ce point, la BCE est intransigeante. A la question de savoir si l’inflation qu’elle attend pour 2019 (1,7%) serait un niveau suffisamment proche des fameux 2%, la BCE a tout simplement répondu « non ». Autrement dit, elle s’attend à ce que les objectifs en matière d’inflation ne soient atteints qu’en 2020. C’est donc un peu un "QE forever", du moins selon la notion du temps des marchés financiers.

C’est là que se pose la question: "où va-t-on trouver des obligations à acheter pendant tout ce temps?". Réponse: en adaptant les critères. A partir d’avril, la BCE pourra aussi acheter des obligations d’une durée de moins de 2 ans et s’assortissant d’un taux d’intérêt inférieur au taux de rémunération des dépôts.

Apparemment, la Banque centrale européenne ne s’inquiète pas de se rapprocher ainsi de plus en plus du financement direct de la dette publique, ni même d’encourir certaines pertes sur ses achats. Selon Mario Draghi, une banque centrale n’est pas là pour engranger des gains. Bref, les achats d’actifs se poursuivront pendant tout un temps encore, peu importe la nature des actifs, leur durée et les taux dont ils s’assortissent.

Les marchés-actions, qui ont somme toute commencé à voir pleuvoir les cadeaux de Noël quelques heures après l’élection de Donald Trump, ont accueilli à bras ouverts ce nouveau témoignage de générosité de la BCE et ont continué sur leur lancée. Les bourses européennes sont enfin parvenues à profiter pleinement du rally, les valeurs financières en tête. Car les taux d’intérêt à long terme progressent toujours dans l’espoir de pressions inflationnistes en provenance d’outre-Atlantique, et la promesse de la BCE d’acheter encore d’importantes quantités d’obligations n’y change rien. La courbe des taux devient ainsi plus raide, ce qui est une excellente nouvelle pour le secteur financier.

Aux Etats-Unis, la fête se poursuit. Les principaux indices américains en sont déjà à leur 13e record depuis la victoire de Donald Trump, et l’USD poursuit son ascension. Un fossé profond sépare en effet toujours la politique monétaire extrêmement souple de la BCE et celle de la Federal Reserve, qui relèvera presque à coup sûr son taux directeur plus tard dans le mois. Les marchés américains continuent à attirer des capitaux affluant du monde entier, et voici à présent que s’annonce une nouvelle vague de liquidités européennes qui, après conversion en USD, pourra déferler sur les Etats-Unis.

Nous avons rarement – pour ne pas dire jamais – vu des marchés-actions aussi surachetés que ne l’est aujourd’hui le marché américain. La logique qui se cache derrière ces flux est aussi limpide qu’artificielle. D’un côté de l’Atlantique, nous avons le nouveau président américain qui trépigne d’impatience à l’idée d’injecter 1000 milliards d’USD dans son économie selon la bonne vieille méthode keynésienne, et de l’autre, nous avons Mario Draghi qui s’apprête à faire de même, mais selon une approche monétaire à la Friedman. Et il n’en faut pas davantage pour noyer dans un océan de liquidités tous les risques géopolitiques potentiels, comme la situation en Italie et toutes les élections européennes qui nous attendent l’année prochaine.

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