18 novembre 2016

Éclaircie conjoncturelle

À l’heure où les États-Unis accumulent les succès économiques et s’apprêtent à un relèvement des taux, l'Europe reste sous perfusion monétaire. Ceci dit, les nuages noirs qui plombaient l’horizon économique européen laissent de plus en plus passer les rayons du soleil.

Petite rétrospective...

Fin 2008, la zone euro a sombré dans la récession, suite à la contamination du secteur bancaire par la crise des crédits américaine. Les budgets de nombreux États membres ont déraillé, les dettes publiques se sont accumulées, les économies se sont retrouvées au point mort et les taux de chômage se sont envolés. Pour couronner le tout, la crise grecque est venue mettre à l’épreuve la cohésion politique au sein de l’Europe. De quoi plonger les marchés financiers dans une profonde dépression...

Bien des années plus tard, la zone euro n’est toujours pas entièrement tirée d’affaire. La situation politique, en particulier, reste particulièrement épineuse. Bien que le dossier grec semble sous contrôle, d'autres problématiques font surface. Début décembre, l’Italie organise notamment un référendum constitutionnel, tandis que 2017 sera ponctuée d’élections cruciales en France et en Allemagne. Mais si nous devons épingler le point noir de l’année, nul doute qu’il s’agisse du choix inattendu des Britanniques en faveur d’une sortie de l’Union européenne.

Sur le plan économique par contre, il semble que la lumière brille à nouveau au bout du tunnel, en partie grâce aux efforts monétaires redoublés de la Banque centrale européenne (BCE). Un point névralgique reste cependant le faible niveau des investissements consentis par les autorités locales.

 

Une Europe à deux vitesses

Au troisième trimestre 2016, la zone euro a signé une croissance économique de 0,3%, tandis que l’inflation a atteint 0,5% sur base annuelle. Les exportations, les dépenses des consommateurs et le rôle de locomotive de l’Allemagne peuvent être cités au rang des catalyseurs. Le Brexit, lui, a sans aucun doute eu un impact négatif sur la croissance. Cependant, nous pouvons nous estimer heureux: l’indice de marché global (industrie et secteur des services confondus) a atteint en octobre son niveau le plus élevé en dix mois. Les différents États membres présentent néanmoins des disparités notables en termes de croissance.

L’Allemagne reste la locomotive de la zone euro. Les récents indices PMI (confiance des directeurs d’achat) et IFO (confiance des entrepreneurs allemands) étaient bons et reflétaient la vigueur des exportations, de la consommation domestique et des investissements des entreprises. Mais il y aurait moyen de faire mieux. Les instances internationales, comme le FMI et l’OCDE, tentent depuis tout un temps d’encourager l’Allemagne à remplir son rôle de pionnier en intensifiant ses investissements dans l’infrastructure et en initiant des réformes structurelles. Ces efforts permettraient en effet de relancer l’économie à la fois en Allemagne et dans toute la zone euro.

L’Espagne continue à nous surprendre positivement, affichant une croissance de 0,7% pour le troisième trimestre. Profondément touché par la crise économique, le pays est parvenu à redresser la barre grâce à des mesures d’austérité radicales. À présent qu’un gouvernement a pu être formé après dix mois d’impasse politique, l'Espagne va pouvoir reprendre ses efforts en faveur de la relance. En dépit du taux de chômage colossal et de l’absence d’inflation des salaires, les dépenses de consommation augmentent, et les prix sont repartis à la hausse après 18 mois de déflation.

Au rang des éléments positifs, la France est parvenue, grâce à des investissements publics, à muer la contraction économique en croissance (0,2%). Pour permettre un revirement durable, la consommation intérieure et le rythme des investissements devront encore être stimulés. La baisse du taux de chômage et la reprise du marché immobilier pourront faire l’effet de catalyseurs.

Bien que le Premier ministre Matteo Renzi mette tout en œuvre pour renverser la tendance, l’amélioration se fait attendre en Italie. Le pays est toujours confronté à une série de soucis économiques et politiques. À terme, une fiscalité plus avantageuse et un redressement du marché de l’emploi devraient produire leurs effets. Cependant, la fragilité du secteur bancaire et l’incertitude politique affectent le climat d’entreprise.

En Belgique, l’économie a progressé de 0,2% au troisième trimestre, après avoir laissé entrevoir une croissance de 0,5% au deuxième trimestre. Le déclin de la confiance et des dépenses des consommateurs ainsi que la détérioration du marché de l’emploi ne sont pas restés sans conséquence. L’économie belge est confrontée à de nombreux défis. En effet, si nombre de pays ont entretemps pris les mesures d’austérité qui s’imposaient, notre pays devra encore surmonter nombre d’obstacles avant d’y parvenir. La faiblesse des taux d’intérêt a été trop peu mise à profit pour réduire l’endettement substantiel.

 

Inflation renaissante

L’inflation a enregistré, dans la zone euro, une progression de 0,5% sur base annuelle en octobre, son niveau le plus élevé observé en plus de deux ans. On y verra surtout le résultat de la remontée du prix du pétrole, qui estompe les effets négatifs de l’année écoulée. L’inflation de base (hors énergie et alimentation) est cependant restée stable.

 

Bon début pour le quatrième trimestre

Grâce à la reprise des exportations et à l’accroissement de la production industrielle, le quatrième trimestre a bien commencé. Dans le même temps, les retombées tant redoutées du Brexit ne se sont toujours pas manifestées. Il semble toutefois que la croissance économique doive rester modérée dans la zone euro en 2017.

Avec des statistiques économiques qui laissent entrevoir une amélioration mais sont encore relativement éloignées des objectifs, la BCE n’aura d’autre choix que de lancer de nouveaux incitants dans les semaines à venir. Mais il n'est pas évident pour elle de déployer une politique monétaire efficace alors que les divers États membres en sont à des stades différents de leur cycle économique.

 

Préférence pour les actions européennes

Bien que la conjoncture économique européenne soit sur la bonne voie, les actions européennes n’ont pas suivi les actions américaines dans leur ascension. De ce fait, les valorisations européennes sont plus attrayantes. De plus, les dividendes européens font meilleure figure que ceux des actions des autres régions développées, et surpassent également le rendement des obligations. La saison des résultats du troisième trimestre s'est bien déroulée. Les entreprises retrouvent peu à peu leur pouvoir sur les prix, font globalement état de bénéfices d’exploitation supérieurs et affichent une vision plus optimiste de l’avenir.

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